Chemins de poussière rouge, Ma Jian

Chemins de poussière rouge, Ma Jian
Chemins de poussière rouge, roman très largement autobiographique, est d'abord un voyage à la rencontre des différents peuples, cultures et paysages de la Chine merveilleusement décrits par le poète, peintre et photographe Ma Jian. Mais ce roman est également (et surtout ?) une évocation de la Chine d'aujourd'hui à travers les yeux d'un dissident qui a entamé cette grande marche dans son pays en raison de menaces qui pesaient sur lui à la suite de critiques qu'il a formulé contre le gouvernement chinois : il laisse la parole aux artistes et aux dissidents censurés, à différentes ethnies qui n'ont pas souvent leur mot à dire et à une Chine rurale laissée pour compte. Pendant trois ans, Ma Jian est parti découvrir son pays et ce roman offre à son lecteur le portrait d'une Chine contradictoire, à deux vitesses, où les succès économiques ont vite fait oublier les injustices et les entorses aux droits de l'homme.

(...) "les cimes d'argent du Mont Kilian sont toujours accrochées au ciel bleu. Lorsque le soleil s'y reflète, de petits points de lumière s'éparpillent dans le désert, comme les notes d'une partition céleste"

"80 % de mon corps sont faits d'eau. Mes cellules flottent dans une mer. Je flotte aussi, mais mon océan est plus grand que le leur. J'ai le ciel. J'ai la liberté"

"C'est agréable de passer une journée à écrire des lettres, on a l'impression de voyager à travers l'espace"

(...) "je continue de marcher : ce n'est que sur la route qu'on voit ce qu'on a laissé la veille derrière soi et ce qui nous attend demain. Sur la route, la vie se mesure en distance parcourue. Plus le voyage nous éloigne, plus longue est la vie"

"Shenzen est une ville nouvelle, une coquille vide. Elle attend que les gens du Nord viennent la remplir de leurs rêves"

# Posté le jeudi 15 octobre 2009 08:13

La Ville de Pierre, Guo Xiaolu

La Ville de Pierre, Guo Xiaolu
Jiang Corail Rouge a vingt-huit ans et vit à Pékin avec Zhuzi. Un jour, un colis reçu par la poste - une énorme anguille séchée - la ramène longtemps en arrière, à l'époque où elle s'appelait Petit Chien et habitait Shitouzhen, la Ville de Pierre. Dans ce petit port de pêche, battu par les typhons au sud de la Chine, la mer était redoutable, et, tous les soirs, les femmes guettaient sur la plage le retour de leurs maris. Mais si la petite fille de sept ans n'a jamais oublié la Ville de Pierre, c'est qu'elle y a enfoui en partant un terrible secret...

Telle une madeleine de Proust, l'anguille séchée ramène Corail Rouge sur un passé qu'elle aimerait toujours garder enfoui mais dont elle ne peut empêcher le retour à la surface, blessure de l'enfance qu'elle doit revivre pour enfin sauver son présent et libérer son avenir ; oscillant entre haine et mélancolie, oubli et douloureuse réminiscence, confessions du passé et description du présent, un très joli roman à l'ambiance étrange, à l'image de la Ville de Pierre, ce village à la fois triste et maussade, plein de petits bonheurs et magnifique, et à l'image de son héroïne.


"Debout sur le pont, je pleure en regardant mes larmes tomber dans la mer de ma ville natale, ma Ville de Pierre où je veux ensevelir à jamais, avec les poissons, mes souvenirs, mon enfance et tous les secrets de ma vie antérieure"

"Nous étions tous les trois des muets capables de parler"

"Je les enviais car je n'avais jamais attendu personne"

"Je sais que certaines choses enfouies au fond de l'océan peuvent remonter à la surface"

"Ma pensée traverse le plafond et les vingt-quatre étages de l'immeuble pour s'envoler vers de lointains rivages"

"Il scrutait mon visage comme pour découvrir un secret caché dans les profondeurs de la mer. Mais l'eau de mer était-elle si propre ?"

# Posté le mardi 28 juillet 2009 11:57

Modifié le dimanche 02 août 2009 06:26

Wataya Risa

Wataya Risa


Wataya Risa est une auteur japonaise née à Kyoto en 1984. Elle voit son premier roman, Install (Install), publié en 2001. A 19 ans, elle est la plus jeune lauréate jamais couronnée du prix Akutagawa (le Goncourt japonais) pour son deuxième roman, Appel du pied (Keritai Senaka).

Ses courts romans, presque des nouvelles, évoquent la solitude cachée sous les apparences de deux adolescentes, et les sentiments contradictoires qu'elles ressentent, désirant en sortir et s'intégrer mais ne voulant pas de la vie "normale" qui les attend tous. La première tente de vaincre sa peur de la solitude et de l'avenir par la gestion d'un site de conversations sur Internet, tandis que la seconde pense avoir trouvé sa bouée en un jeune homme taciturne qui lui semble aussi perdu qu'elle et avec qui elle espère trouver un chemin plus solide.

Des phrases courtes, simples et souvent violentes ou cruelles, "entre innocence et perversité, allégresse et désespérance". Wataya Risa ne cherche pas à expliquer pourquoi Hasegawa ou Asako sont comme ça, elle décrit ce qu'elles ressentent sans les juger et nous montre juste comment elles tentent de sortir de l'impasse où elles se trouvent, alors même que l'on voudrait, de même que leurs parents (tristes ombres évoquées par les deux héroïnes), qu'elles mordent la vie à pleine dents.
Par quelques images poétiques, elle nous fait entrer dans la tête des deux jeunes filles, toute description ou explication est alors inutile pour toucher "les sensations, la contradiction des sentiments qui affleurent sous la surface unie des apparences
".


Wataya Risa montre sans hurler, dénoncer, ni non plus s'apitoyer sur le sort de ces deux héroïnes mélancoliques, qu'il n'y a tout simplement pas de place pour ceux et celles qui ne veulent ou ne peuvent "rentrer dans le rang" : ça passe ou ça casse, pas d'autres choix.

Install : l'étrange début dans la vie d'Asako, lycéenne de terminale qui a déserté la guerre des examens, et de Kazuyoshi, un petit génie de l'informatique de dix ans, qui se lancent tous deux dasn la gestion d'un site de conversations pornographiques sur Internet.


" Me voilà transformée en immonde détritus ! Nooon ! Je veux mouriiir !!! Je veux dire, ça me plaît trop. Je me trouve belle ainsi salie. D'excitation, je me roule par terre. C'est une pose. J'ai assez tendance à jouer l'anormale. Avec un plaisir vicieux, je contrefais la débile. C'est la fine fleur de ma personnalité que j'exprime ainsi en me roulant par terre. La joue contre l'asphalte, les cheveux étalés sur le sol qui empeste l'huile. Ma jupe flotte sous le léger courant d'air, on doit voir ma culotte.
Et alors, quelle importance ?
Je ne bouge pas plus qu'une charogne
."



Appel du pied : le journal intime d'une jeune fille qui n'arrive pas à s'intégrer dans sa classe. Elle cherche un sol ferme sous ses pieds pour s'aventurer à la découverte de la vie. Elle se sent attirée par un garçon qui vit confiné dans sa passion pour un mannequin vedette, qu'elle aimerait bien réveiller de son rêve pour qu'il fasse ces premiers pas avec elle.





# Posté le jeudi 02 juillet 2009 06:01

Modifié le mardi 28 juillet 2009 12:17